Mon amour,
Je n’ai jamais eu autant de mal à commencer une lettre, moi qui d’habitude écris comme je respire, respire comme je vis, vis comme je t’aime : avec passion, sincérité et sans limite.
Tout ce bouscule dans ma tête, tant de chose à dire, à faire ressentir et, par le papier, la magie nécessite tu talent pour faire vibrer les cavités mystérieuses de l’émotion, pour peu que l’on veuille qu’elle soit réelle et sincère.
Il y a pourtant des mots liés à des moments forts, des regards intenses et surtout, il y a tout ce qui ne se dit pas, ce qui se ressent. Tout est mêlé : ton regard, le satin de ta peau, ton parfum mélangé à ton odeur de femme, le toucher de ton corps arrondit, turgescent, galbé, chaud, humide, mais jamais froid. Tous ces éléments qui constituent la fusion qui transforme nos deux corps en une seule entité, citadelle imprenable voguant sur la mer d’un amour fou où le vent de la passion pousse ce vaisseau ardent dans les tumultes d’un plaisir déchirant où tes yeux écarquillés semblent chercher le point culminant, et tout se termine par le goût salé de ma jouissance dans ta bouche, comme une délivrance commune , à la fois petite mort et naissance d’un grand bonheur.
Je considère tout ce qui vient de toi comme un présent unique, un diamant brut que je dois tailler pour le faire briller de mille éclats, couleurs invisibles à l’œil qui aveugle l’esprit par l’intensité de notre amour.
L’esprit est là. Quoique l’on fasse l’émotion est intact, elle nous place au-dessus de tout ce qui ennuie, fragilise, perturbe ou pollue. C’est une dimension rare et exclusive réservée uniquement à ceux qui s’aiment d’abord, d’un grand amour véritable, l’amour physique n’étant là que pour le sublimer et lui donner ce si beau relief, instant sacré de nos deux vies ; et nos esprits étaient liés depuis longtemps, ils l’étaient bien avant que nos corps ne s’unissent.
Tout ces mots me viennent sans que je les cherche, ils ne me torturent pas pour sortir et j’ai plaisir à les relire (c’est rare !). J’ai conscience de l’importance, de la rareté et du privilège que constituent les moments que nous avons vécus, que nous vivons et qui nous reste à vivre. Et même si le terme te parait proche, celui lui donne que plus de prix.
Deux jours. Deux jours, c’est le maximum que je peux tenir sans entendre ta voix, au moins.
Lorsque le temps semble trop long, lorsque ton corps est trop loin, lorsque tes yeux ne croisent plus les miens, je repense à cette nuit forestière où le temps s’est arrêté, incapable de continuer à chercher à égrener ses secondes, et qui s’était respectueusement agenouillé aux seuils de nos vies, admirateur pour tant d’amour donné et reçu. La mort elle-même s’est trouvée intruse, invitée indésirable et s’en est allé, un moment, dépitée.
Mon Dieu, que ton sourire, que ton regard me manque, mon Dieu, que tu m’es indispensable !

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