dimanche 28 mars 2010

Que restera-t-il?


Que restera-t-il de nous, dis- moi? Que restera-t-il? Un souvenir diffus, délayé par les années, de quelque chose qui aura marqué nos vies définitivement, souvenir si intense qu'il sera assimilé à un rêve. Il restera également ces impressions d'inachevé, de culpabilité, de gâchis, d'injustice, ce sentiment d'être, toi et moi, chacun dans sa prison dorée. Nous avons appris à écouter le silence de l'autre qui nous dit combien il nous aime; nous avons appris a tué le temps car, comme toutes les choses vraiment importantes, il n'a plus d'emprises sur nos sentiments. Les corps vieillissent, les espoirs se rétrécissent accordant de plus en plus de place aux compromissions qui nous tuent plus surement que tous nos cancers réunis. Dans les moments les plus difficiles, il reste toi que j'appelle pour ne pas sombrer et les jours, de plus en plus rare, où je trouve aucun obstacle à regarder mon ciel trop bleu, je ne peux profiter de mon bonheur sans avoir le regret que tu ne sois pas là pour le partager avec moi. La vie se termine, mais le sentiment lui restera intact et je me demande par quel moyen il continuera à s'exprimer une fois que je serais adressé? Ce qui me console, tu vois, c'est que j'ai cette certitude persistante que je ne te quitterais pas totalement. Et pourtant, que pourrais-je attendre encore? Il ne sera, bien sur, plus jamais question d'exprimer notre amour par le langage des corps, le temps à passé, alors, qu'es ce que je regrette aujourd'hui? Je partage avec toi ce que beaucoup de personnes n'auront jamais, le nectar de la relation à deux, cet état fusionnel qui nous permet de rester en contact, faisant fis de toutes les distances, du jour, de la nuit et du temps. Nous arrivons à passer outre toutes les barrières des contraintes humaines comme ils disent, ceux qui nous regarde parfois d'un air amusé, d'une tendresse partagée souvent, eux, ils savent à quel point tout cela est précieux. Alors, avant qu'il soit vraiment trop tard, avant que la vie ne quitte définitivement ce corps qui ne cesse de me trahir, je ne t'écris pas ces deux mots que je n'ose plus dire et qui, lorsque je les entend, semblent me rapprocher du ciel.

samedi 27 mars 2010

Lettre à Hugo III


Bonjour Hugo,
Je te donne une fois de plus des nouvelles entre deux embarquements. Tu avais raison: il serait temps que je me demande ce que je fuis avec autant d'assiduité. Que veux-tu, j'aime arrivé, le reste m'ennuie. Pourtant, toutes les lieux dont je te parle sont essentiels pour moi et si je m'en vais, ce n'est pas par lâcheté, mais parce qu'il me tarde de recommencer quelque chose. Je ne sais plus qui disait: "j'aime trop les commencements pour pouvoir aimer le reste", c'est ça, j'aime commencer. Découvrir, rencontrer, apprivoiser, séduire, être à chaque fois moi-même et un autre totalement différent.
Tu vois Hugo, s'il y a quelqu'un qui me connait bien, c'est bien toi; toi qui m'accepte tel que je suis et ne s'arrête pas aux apparences qui m'ont joués, malheureusement, tant de mauvais tours. J'aime aimé, mais je ne veux pas m'enfermer dans une relation qui serait pour moi une prison. La belle brune de Barcelone l'a bien compris et me laisse partir pour que je puisse mieux revenir. Elle profite du moment présent sans se demander combien de temps il va durer; je sais que je peux partir à tous moments, je suis libre d'être, c'est tout. En échange, je lui donne à peindre tous mes délires, mes sans écrire, mes témoignages muets aux conclusions incertaines, mes pensées aux structures fragiles dans lesquels s'engouffre le souffle brûlants de mes passions; mon envie de vivre plus forte que toutes les morts, balayant d'un revers imparable tous les envies de suicide romantique ou désespéré. Je ne sais quand tout cela va s'arrêter, ce qui est sur, c'est que la vieillesse s'accommodera mal de ce rythme; tant pis pour elle, je ne la verrai pas.
A bientôt Hugo

jeudi 25 mars 2010

L'oeuvre de toute une vie


"La jeunesse perdue", tel aurait du être le titre du second roman de Mireille HAVET, que la solitude et la misère de la drogue l'ont empêché d'écrire. "Vous avez tout pour réussir" lui avait-on dit, tout, sauf le socle rassurant et essentiel d'une famille présente et aimante qui aurait pu lui éviter de tomber dans les pièges de ce monde détruit, d'une part par "la grande guerre" et comme si la mort n'avait pas eu son cota de trépas, elle va y rajouter la terrible grippe espagnole qui emportera plus de dix-huit millions de vies dont celle de Guillaume Wilhelm Albert Włodzimierz Apolinary de Wąż-Kostrowicki, dit Guillaume Apollinaire, celui qui l'appelait "la petite poyetesse".
La jeunesse perdue existe en fait, c'est une œuvre colossale, une dizaine de cahiers, des feuillets, des correspondances, l'œuvre de toute une vie.






mardi 23 mars 2010

Mireille et Nathalie




Il y a ceux qui ont une vie bien rangée, millimétrée, planifiée et qui vivent durant de longues années en attendant une mort bien tranquille elle aussi. Pour une autre, comme le dit Philippe DELAROCHE : "Passée abruptement de la condition de mortel à l'état de cadavre, elle n'a pu vivre toute sa vie, elle n'a pas pu aimer tout son amour, ni mourir toute sa mort". Voilà résumé avec talent ce que l'on peut dire de Mireille HAVET, destin auquel on peut comparer celui de Nathalie CLIFFORD BARNEY qui lui est en tous points opposé. Quand l'une est riche et sûre d'elle-même, l'autre est pauvre, entretenue et l'esclave d'une trop grande sensualité, mal maîtrisée, subie et qui l'a mènera à la mort par un chemin de vie qui ressemble à un calvaire. Mireille HAVET sera l'enfant perdue d'un siècle qui commença par une boucherie inimaginable, une saignée gigantesque, une indescriptible apocalypse. Quand l'une utilise les drogues comme un moyen contrôlé d'exacerber ses sens et ses sensuels délires, l'autre y plonge avec délice et sans retenue jusqu'au néant. Lorsque Nathalie est un témoin de son temps, une entremetteuse de talents éclairée, Mireille est un feu follet séduisant et tragique qui, presque un siècle plus tard, possède ceux qui la lisent par une telle envie de vivre, une sensualité si attachante.