Ceux qui écrivent, les vrais écrivains, sont d’abord d’assidus lecteurs, après ils digèrent ou ils vomissent ce qu’ils ont ingurgité, selon leurs talents et, ou leurs dispositions. Moi, je n’ai pas lu beaucoup de livres, je ne suis pas un écrivain, je n’écris pas, je cris en silence, trempant la plume de mon inspiration directement dans mon cœur ou dans mes tripes, c’est selon.
Je me suis souvent demandé, alors qu’un lecteur / écrivain dévore quelques pages d’un génie ayant l’aptitude à ciselé ou enrober quelques proses de manière magnifique ou géniale, s’il sentait poindre tout au fond de sa poitrine une douleur inopportune trahissant la pointe de jalousie et le désespoir de ne pas avoir pu réaliser pareilles prouesses ?
On évoque également souvent l’angoisse de la page blanche, cela non plus je ne le connais pas (ce qui conforte l’idée que je ne sais pas écrire puisque je ne souffre pas de ces maux), écrire est pour moi une délivrance, un recyclage d’idées noires, roses où s’illuminent des pages arrachées au livre de ma vie, la réalité côtoyant la fiction et le mensonge salutaire qui vient égayer par des teintes parfois tendres, parfois désespérées un destin bien peu épargnant.
Que j’écrive des lettres d’amour à mon amante imaginaire, des récits éclairés à mon ami Hugo, lui aussi allégorique, me permet de vivre ou revivre. J’aurais pu aligner des chevaliers sanguinaires, sans peur et sans reproches, me perdre dans les méandres de quelques pyramides ignorées ou simplement suivre les traces sud américaines d’un Aguirre contemplant la colère de son Dieu, mais non, simplement quelques morceaux de vie, de celle-ci, de celle d’avant ou peut être de celles d’après ? Qui sait ?
Je ne cherche pas les mots, ils viennent seuls et se présentent à moi, je ne fais que les placer les uns derrière les autres, espérant que leur ordre fera bonne figure, que leur son ainsi prononcé à l’oreille chantera, cette musique promptement décodé par un esprit attentif déposera le sens à l’appréciation de son propriétaire.
Donc je n’écris pas, je place des mots, je mets en ordre, je traduis la force de la pensée en simples mots en évitant qu’ils ne s’épuisent pas trop, qu’ils ne trahissent pas car la est réellement la souffrance de celui qui essaye d’écrire, traduire une pensée chaude, généreuse, enfiévrée, remplie de charme ou de larmes, de colère ou d’admiration en esquivant l’abominable amoindrissement qu’exige le truchement de l’écriture.
Il n’existe pas de mots assez fort pour retranscrire sans trahir la formidable puissance du sentiment car les mots peuvent s’acheter, plaqués sur de fines feuilles de bois recouvertes d’encre, les sentiments eux sont insalissables, invendables, immatériels, hors de prix et parfois hors de nous.
S’il existait le moyen de faire parvenir à autrui la pensée dans toute son intégrité, sa force, sa précision sans avoir à souffrir de l’affreux filtre de l’écriture, tout serait bien différent.
Lorsque l’on regarde l’être aimé, le regard suffit seul, point besoin de mot, mais nous avons souvent perdu cette disposition admirable de parler sans mot dire, et parler sans maudire, c’est la moindre des choses lorsque l’on veut parler d’amour.
